De
notre envoyé spécial à Luxembourg, Pierre Avril
05/06/2008 | Mise à jour : 22:52 |
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La police évacue à Cherbourg une quinzaine de clandestins.
Crédits photo : AFP
Avant d'être refoulé dans son pays d'origine, un immigré en situation
irrégulière pourra être détenu dans un centre de rétention européen pendant une
période de dix-huit mois au maximum. Voilà la principale disposition contenue
dans la directive sur le retour des clandestins, adoptée jeudi à Luxembourg par
les 27 ministres de l'Immigration. Le texte doit encore recevoir, le
17 juin, l'approbation des eurodéputés, ce qui n'est pas encore acquis. En
France, les associations d'aide aux immigrés, regroupées dans un collectif
baptisé «Unis contre une immigration jetable», ont appelé à manifester à Paris,
le 14 juin contre ce qu'elles appellent la «directive de la honte».
«Il ne faut pas caricaturer ce projet» a répondu le nouveau commissaire
européen aux Affaires intérieures, le Français Jacques Barrot, estimant qu'il
représente «un progrès incontestable» par rapport à d'autres pratiques
observées en Europe, et en particulier au Danemark, en Suède ou au Royaume-Uni
où cette durée de rétention est illimitée.
Le texte, a ajouté Jacques Barrot, donne la priorité au retour volontaire,
accordant au clandestin un délai de 30 jours au maximum pour organiser son
retour. Il encadre également les séjours temporaires des clandestins par
l'octroi de mesures d'assistance, grâce notamment à la fourniture d'interprètes
ou de soins médicaux. En revanche, les Vingt-Sept, conduits par Chypre, Malte
et la Grèce, qui doivent supporter l'essentiel du fardeau de l'immigration
clandestine, ont refusé que soit rendu obligatoire l'octroi d'une assistance
juridique gratuite aux illégaux.
Malgré la mise en place de ces garde-fous, la polémique s'est cristallisée
sur le sort des détenus. Les autorités pourront porter cette détention jusqu'à
six mois, voire dix-huit mois en cas de risque de fuite ou de manque de
coopération, notamment en ce qui concerne l'identité des personnes. Or, à
Malte, explique Patrick Gaubert, vice-président (apparenté UMP) de la
sous-commission parlementaire des droits de l'homme, «les passeports sont
souvent déchirés». «Dans cette île, les centres de rétention sont des vraies
prisons et les gens qui sont là depuis dix-huit mois deviennent des bêtes
fauves», ajoute le président de la Licra (Ligue internationale contre le
racisme et l'antisémitisme). Une fois expulsés, les étrangers en situation
irrégulière pourront, en vertu du texte, être bannis du territoire durant cinq
ans. à Bruxelles, on estime à plus de 10 millions
le nombre d'immigrés clandestins en Europe et, si 200 000 illégaux ont été
arrêtés dans l'UE pendant la première moitié de 2007, moins de 90 000 ont
été expulsés.
La France, qui espère être soulagée de ne pas avoir à traiter cette
directive très polémique durant sa présidence, affirme que le texte
communautaire ne modifiera rien de la législation nationale. «Ça ne changera
rien pour le système français», a déclaré le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, la durée de rétention maximale restant fixée à
32 jours (12 jours en moyenne dans les faits). Le projet prévoit enfin qu'aucun
État membre ne pourra se prévaloir juridiquement de cette directive pour
augmenter ses durées de rétention. En Italie, confrontée à une vague de
xénophobie anti-Roms, les opposants à Silvio
Berlusconi sont au contraire persuadés que le Cavaliere
saura parfaitement exploiter le compromis de jeudi afin d'adopter une
législation plus répressive.