Les ministres de l'intérieur des
vingt-sept pays de l'Union européenne ont approuvé, jeudi 5 juin, un projet de
loi très controversé instaurant des règles communes pour l'expulsion des
sans-papiers vers leurs pays d'origine. Ce projet doit maintenant être avalisé
par le Parlement européen.
Après trois années de négociations ardues sur la "directive
retour", la nouvelle législation contraint les autorités nationales à
choisir entre légaliser le séjour des personnes sans-papiers, ou les expulser.
Il prévoit que le départ d'un sans-papiers, appelé pudiquement "éloignement",
devra se faire sur une base volontaire. Mais en cas de résistance, il pourra
être forcé et obligatoirement assorti d'un bannissement du territoire de l'UE.
La détention ne doit être utilisée qu'en dernier recours.
L'UE fixe à dix-huit mois la durée maximale de détention des immigrés
illégaux avant leur expulsion : un maximum de six mois, dans un premier temps,
pouvant être prolongé de douze mois dans certaines circonstances, par exemple
le manque de coopération du pays d'origine du migrant qui refuserait d'accepter
son retour. L'UE adopte ainsi la norme en vigueur en Grande-Bretagne et en
Allemagne, au grand dam des défenseurs des droits de l'homme qui protestaient
contre ce projet jugé très dur, la durée maximale de la détention n'étant par exemple en France que de trente-deux jours.
Les pays membres seraient cependant autorisés à maintenir une durée de
détention inférieure à dix-huit mois. Seuls les huit pays où la durée de
détention est supérieure à ce seuil ou qui n'ont pas de règle fixe devront
adapter leur législation. Mais les défenseurs des migrants craignent que la
directive n'incite les Etats membres à s'aligner sur la durée maximale prévue
par l'accord.
ASSISTANCE JURIDIQUE OBLIGATOIRE
Le texte fixe en outre à cinq ans l'interdiction de pénétrer à nouveau sur
le territoire de l'UE et prévoit que les enfants peuvent également être
détenus, mais pendant une durée aussi brève que possible. Lors des négociations
qui ont précédé l'accord, les députés européens ont obtenu de rendre
obligatoire une assistance juridique aux personnes expulsées, lesquelles ont un
droit de recours contre la décision d'expulsion. L'Allemagne et plusieurs autres
Etats membres voulaient rendre cette assistance facultative.Les défenseurs des
droits de l'homme ont appelé le Parlement à rejeter cette législation lors de
la session plénière à Strasbourg du 16 au 19 juin. Les députés conservateurs la
soutiennent, mais les socialistes, de même que les écologistes et les
communistes, y sont opposés sous sa forme actuelle.
Cet accord est dans l'esprit de la politique qui devrait être menée par la
France lorsqu'elle prendra la présidence de l'UE le 1er juillet.
Nicolas Sarkozy, qui veut parvenir à un "pacte sur l'immigration",
a fait de l'unification de la politique européenne en matière d'immigration une
de ses priorités.